Echec à la contestation en Egypte
LE CAIRE (AFP) — Le régime du président égyptien Hosni Moubarak a fait échec dimanche à des appels à une grève générale contre la vie chère, comme il s'y était engagé, et arrêté environ 250 personnes dans plusieurs provinces.
A Mahalla, dans le Delta du Nil, où la police égyptienne a tiré des gaz lacrymogènes pour disperser les manifestants, "au moins 150 personnes ont été arrêtées", a indiqué un responsable de la sécurité.
Plus tôt dans la journée, un autre responsable de la sécurité avait affirmé qu'il n'y avait eu "ni manifestations, ni grèves: tout le monde était au travail". Il avait fait état de "l'arrestation, notamment au Caire et à Alexandrie, de 95 personnes qui incitaient aux troubles".
Un appel à la grève générale avait circulé en Egypte depuis plus d'une semaine sur internet et par téléphone portable.
Parmi les personnes arrêtées, figurent trois bloggeurs, Mohammed Charkaoui, Mohamed Al-Achkal, Malak Mostapha, et Esraa Adel Fattah, créatrice d'un groupe "6 avril, jour de grève", sur le site Facebook.
Des membres du parti libéral Ghad, du parti nassérien, du mouvement Kefaya, dont le journaliste islamiste, Mohammed Abdel Qoddous, et du groupuscule islamiste Amal, ont également été arrêtés.
Quadrillée par la police et menacée par une tempête de sable, la capitale égyptienne semblait tourner plus au ralenti que d'habitude pour des motifs difficiles à pondérer: solidarité passive avec la contestation, peur d'affrontements ou crainte de gros embouteillages.
Le gouvernement, via un communiqué du ministère de l'Intérieur, avait averti qu'il prendrait des "mesures immédiates et fermes" contre quiconque manifesterait ou suivrait un ordre de grève, fustigeant des "provocateurs".
Une grève prévue, selon la presse d'opposition, par l'usine textile de Mahallah, dans le delta du Nil, employant 24.000 personnes, n'a finalement pas eu lieu, sous la pression des autorités et en raison de divisions internes. Des heurts avaient éclaté entre quelque 1.500 habitants, dont des employés, et les forces de l'ordre.
Des forces anti-émeutes ont pris position autour de l'usine de la compagnie publique Misr Filature et Tissage.
Au Caire, quelques centaines de manifestants se sont retranchés pendant plusieurs heures à l'intérieur du syndicat des avocats, devant lequel deux fois plus de policiers entravaient entrées et sorties, selon un correspondant de l'AFP sur place.
Des cours ont été suspendus à la prestigieuse Université américaine du Caire (AUC) au centre-ville. Une manifestation de 400 étudiants s'est déroulée à l'université d'Helwan, près du Caire.
"L'appel à la grève a eu peu d'échos car les jeunes qui l'ont lancé n'avaient ni expérience, ni relais, ni assise populaire", a estimé un réputé professeur de sciences politiques de l'Université du Caire, Mohamed Kamel al-Sayyed.
"Mais il ne faut pas le sous-estimer car c'est une première sur fond d'un mécontement assez généralisé dans le pays", a-t-il dit à l'AFP.
Une flambée de prix met l'Egypte, où s'est accrue la fracture sociale, sous forte tension. Le "panier" en denrées d'un ménage s'est renchéri de 50% depuis le début de l'année, selon le Programme alimentaire mondial (PAM).
La pénurie du pain subventionné a cristallisé le mécontentement. Elle s'explique par la hausse des cours du blé, que doit importer l'Egypte pour couvrir 55% de ses besoins, et la corruption.
Le ministère de l'Intérieur avait mis en cause des "professionnels de la provocation et des courants illégaux".
Ecartés des municipales de mardi par le pouvoir, qui a effectué quelque 800 arrestations dans leurs rangs, les Frères musulmans, principale force d'opposition en Egypte, sont restés publiquement, et prudemment, à l'écart de l'appel.
Seuls 20 candidats de la confrérie islamiste, tolérée quoique interdite, se présenteront sous l'étiquette d'indépendants lors de ce scrutin sans le moindre suspense, alors que le parti au pouvoir, en alignera plus de 50.000 à travers le pays.

